Toi, ton monde et les autres

Quand la cuisine retisse nos liens

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Un cours de gastronomie pour parents et enfants, une brasserie tenue par des malentendants, un traiteur mêlant les saveurs du monde… La cuisine a ce singulier pouvoir de nous rassembler, par-delà nos différences, autour du plaisir originel, universel, des arts de la table. Recettes de solidarité culinaire.

Il y a bien plus, dans un bon repas, qu’un savoureux mariage d’ingrédients. Il y a, savamment dosés, un généreux parfum d’amour, de subtils effluves de tradition, le pétillement de saveurs inattendues, et ces conversations qui s’envolent sur un bon vin de pays. Ah, le clafoutis de maman, la tchoutchouka du bled… « Manger n’est pas qu’une nourriture, rappelle Jean-Philippe Zermati*, médecin nutritionniste et comportementaliste. C’est une forme de communion. » Un besoin vital transcendé depuis la nuit des temps en creuset identitaire, en rituel collectif. Rien de tel, quand le blues s’installe, quand les liens se distendent, qu’un bon gueuleton pour reconnecter les corps et les coeurs.

Elle nous rattache à un groupe

Dès l’enfance, dans la symbiose maternelle d’abord, puis à table, bavoir autour du cou, « le repas est l’occasion de faire l’expérience du propre et du sale, de se socialiser en imitant ses parents, en assimilant des normes, observe Jean-Pierre Poulain*, sociologue de l’alimentation. C’est le principe d’incorporation ». Nous nous nourrissons, au propre comme au figuré, de nutriments, d’affects, de symboles. Marqueurs identitaires forts, nos goûts, hérités ou acquis, ne font pas que nous définir. Ils nous rattachent à un groupe : celui dont nous sommes issus, celui auquel nous aspirons, les connaisseurs, les végétariens… Calculer ses apports lipidiques, tremper son camembert dans son chocolat chaud ou éviter le porc, cela vous définit une vision du monde.

« Nous mangeons pour maintenir notre corps, mais aussi pour nous équilibrer, émotionnellement etimages (10)socialement », précise Jean-Philippe Zermati. Une harmonie maintenue à grand renfort de rituels, propres à chaque foyer, chaque groupe d’amis ou de collègues. Chacun occupe sa place autour de la table, y tient son rôle, y prend sa part. Le bol du grand ours, le bol de l’ours moyen, le bol du petit ours…

Elle permet d’accueillir l’étranger

Plaisir partagé, langage commun, « la gastronomie joue, en voyage, un rôle de briseuse de glace, souligne Jean- Pierre Poulain. Elle crée du lien en permettant des comparaisons entre l’identique et le différent », ouvrant le dialogue entre les peuples sur un terrain moins miné que l’histoire. La part du pauvre ou la multiplication des pains chez les chrétiens, la porte ouverte pendant le repas de Pessa’h chez les juifs, les grandes fêtes du ramadan chez les musulmans… les cultures sont empreintes de l’obligation, ancrée dans le religieux, d’inviter l’errant ou le déshérité à la table familiale. Pain, poisson ou porc sont chargés d’allégories et de croyances. Ils soutiennent une identité collective, rassemblent ou séparent. Gare à la boulette… Notre disposition à découvrir d’autres traditions culinaires et à faire découvrir les nôtres en dit long sur notre capacité à accueillir l’étranger.

 

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