OBOR: La nouvelle route de la soie expliquée – La Sultane Mag
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OBOR: La nouvelle route de la soie expliquée

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L’initiative OBOR ou « Nouvelle Route de la soie » est un programme économique et stratégique chinois qui permet de relier plus étroitement les deux extrémités d’Eurasie, ainsi que l’Afrique et l’Océanie, autour de deux axes: l’un terrestre, l’autre, maritime. Les partisans de l’OBOR suggèrent que l’initiative permet de fournir de nouvelles infrastructures et une aide économique aux pays émergeants. Ses détracteurs affirment que cela facilite la domination économique et stratégique chinoise des pays en voie de développement, et qui intégreraient cette initiative. Explications…

Petit retour en arrière

2000 ans en arrière, le monde a connu la globalisation avant-l ‘heure. La curiosité réciproque entre deux empires- les Chinois en Orient et les Romains en Occident- a donné naissance à des échanges d’étoffes, de pierres précieuses, d’épices, d’armes, le long de ce qui sera connu sous le nom de « la route de la soie ». Ces échanges commerciaux se sont maintenus jusqu’à ce que les guerres répétées entre Byzance et le jeune empire Ottoman aient rendues la traversée de ces vastes contrées, trop dangereuse (15e siècle environ).

En 2013, le président chinois Xi Jinping, évoque pour la première le rêve de remettre sur pieds ce corridor commercial baptisé Yidai yilu « une ceinture, une route » OBOR pour les intimes (OBOR étant l’acronyme de One Road One Belt).

Et durant le mois de mai 2017, le président chinois a présenté lors du sommet de Pékin, les grandes lignes de son projet titanesque. Et s’il a largement invoqué l’histoire millénaire accompagnant « l’esprit de la Route de la soie », marketé inspiré par la « paix» et la « coopération », personne n’oublie, que même dans l’empire du milieu, business is business.

Alors que les Etats-Unis zappent complètement, l’Europe se méfie et l’Inde boycotte, le Pakistan et l’Indonésie sont ravis, la Russie et la Turquie expriment leur intérêt pour ce projet, les pays d’Amérique Latine sont loin d’être indifférents et l’Afrique est toute ouïe.

Ce projet pharaonique, s’il est mené à terme, promet de redessiner le paysage économique tel que nous le connaissons aujourd’hui et une grande partie du monde sera liée à la stratégie économique de la Chine.

OBOR concrètement qu’est-ce que c’est ?

OBOR se traduit par la mise en place d’un réseau de routes, de chemins de fer, de ports et de projets d’énergie d’une valeur supérieure à 1000 milliards de dollars.

One Belt : pour une nouvelle route terrestre traversant la Russie, l’Asie centrale et le Pakistan jusqu’à l’Europe orientale

L’objectif est de relier rapidement la Chine à l’Europe à travers deux voies : ferroviaire d’une part, en partance du centre de la Chine et traversant Kazakhstan, la Russie, la Pologne, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. L’essentiel des rails est déjà en place, particulièrement en Europe de l’Ouest et n’attendent plus qu’à être rattachés à de nouvelles lignes. Le tout premier voyage de train de marchandises à relier la Chine à la Grande-Bretagne a d’ailleurs eu lieu en janvier 2017. Moins cher que l’avion et plus rapide que le bateau, le train fret, qui a traversé 12000 km en 18 jours, témoigne des efforts de Pékin à renforcer les échanges commerciaux avec les pays européens.

En plus des chemins de fer, un réseau routier gigantesque doit venir complémenter le dispositif en place.

Cette ceinture intègre la masse continentale eurasienne dans une zone économique unie.

One road pour une route maritime, reliant par les océans les pays émergents d’Asie du Sud-Est et du Sud, jusqu’à l’Afrique et l’Amérique du Sud. En partance de la France, la Grèce, les Pays-Bas, cette voie parcourt la Méditerranée, le canal de Suez, la mer Rouge, l’Océan Indien jusqu’au Sri Lanka, descend jusqu’à Singapour puis remonte vers Shanghai.

L’acquisition et la construction d’installations portuaires et de zones économiques associées en Australie, en Malaisie, en Indonésie, au Bangladesh, au Sri Lanka, au Myanmar, au Pakistan, au Kenya, en Tanzanie, à Oman et à Djibouti visent à fournir à la Chine un accès maritime et des avantages économiques à travers l’océan Indien. Ils seront connectés au Pirée, le plus grand port de Grèce, acheté par le groupe de transport chinois COSCO et fournissant un accès direct aux marchés européens.

La mise en place de toutes ces infrastructures permettrait à la Chine de se relier au reste du monde. Ce projet pourrait unir 68 pays, environ 65% de la population et son envergure économique dépassera un jour les deux tiers du PNB mondial.

« L’initiative encourage officiellement cinq domaines de coopération : 1- la coordination des politiques de développement, 2- la construction d’infrastructures et de réseaux de services publics, 3- le renforcement des liens commerciaux et d’investissement, 4- le développement de la coopération dans le domaine financier et 5- le développement des échanges sociaux et culturels. »

Elle prévoit la création de six grands corridors de coopération économique et de plusieurs points clés de pivotement maritime en Eurasie:

Sur terre, le plan consiste à construire un nouveau pont terrestre eurasien et à développer les couloirs économiques de: Chine-Mongolie-Russie; Chine-Asie centrale-Asie de l’Ouest; la péninsule Chine-Indochine; Chine-Pakistan; et Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar. En mer, l’initiative se concentrera sur la construction conjointe de routes de transport fluides, sûres et efficaces reliant les principaux ports maritimes.

Parmi les projets clés qui ont été promus par l’initiative OBOR, le corridor économique sino-pakistanais fournit aux provinces de l’Ouest de la Chine l’accès à l’océan Indien à travers le port pakistanais de Gwadar et le corridor du Bangladesh en Chine, Myanmar, qui donnera à la province du Yunnan un accès à la baie du Bengale.

Les motivations économiques de l’initiative « One Belt, One Road » (OBOR

– Après avoir été principalement destinataire d’investissement direct à l’étranger (IDE) pendant 30 ans, la Chine est en train de devenir un important investisseur à l’étranger.

– À la fin des années 1990, la Chine lance sa politique « Going Out » pour encourager certains investissements à l’étranger. Les intentions de cette décision visaient, entre autres, l’acquisition de ressources naturelles, la pénétration de marchés à l’étranger, la promotion de la notoriété de certaines marques chinoises et l’acquisition de technologies étrangères.

– Les importantes réserves de change de la Chine accumulées depuis la crise monétaire asiatique de la fin des années 90 ont également joué un rôle.

– Les emprunts d’État américains, avaient non seulement un rendement faible, mais présentaient également un risque de change.

– Les importations américaines en provenance de Chine ont baissé depuis la crise financière mondiale, enclenchée par la crise des subprimes, poussant la Chine à vouloir diversifier ses intérêts.

– Le facteur démographique :

La sévère politique de planification familiale a provoqué une réduction très importante du pourcentage de « jeunes ». La population active est entrain de diminuer, provoquant aussi bien une hausse importante des salaires et une réduction de la productivité totale.

Pour rester aussi compétitive que par le passé, la Chine doit donc produire davantage par travailleur.

Il serait donc plus intéressant pour la Chine de transférer ses activités de production qui nécessitent à la fois une main d’œuvre importante et qui sont à faible valeur ajoutée dans d’autres pays et à s’engager de son côté dans des industries et services à plus forte valeur ajoutée. À titre d’exemples le salaire moyen d’un ouvrier dans le parc industriel de Hawassa en Éthiopie est d’environ 50 US$, alors que le salaire minimum d’un ouvrier chinois de la province de Guangdong est minimum de 300 US$.

– La Chine souhaite développer son influence internationale. Ne faisant pas partie des pays du G7 l’OBOR lui donnera un plus grand poids régional. Le PIB ayant ralenti ces dernières années, la Chine s’attend à une reprise stimulée par l’importance des nouveaux échanges commerciaux qu’elle vise à mettre en place.

Cela permettrait également à la Chine de canaliser sa surproduction en trouvant de nouveaux débouchés pour ses produits. Par ailleurs, cela stimulerait l’utilisation de Yuan, renforçant son rôle en tant que monnaie de réserve internationale.

– L’initiative OBOR reliera les régions orientales et méridionales de la Chine, à la traîne de la croissance, au reste du monde.

Défis de la Chine

Certains pays concernés par l’initiative OBOR ont une faible solvabilité et pourraient ne pas être en mesure de rembourser ses dettes, les pays moyen-orientaux sont instables et des oppositions sont nées chez ceux qui se sentent exploités par la Chine, comme cela s’est produit au Sri Lanka et au Myanmar.

Selon Jonathan Hillman, un analyste au Center for Strategic and International Studies, la Chine surestime peut-être ses capacités et elle pourrait au final financer des projets non rentables. Mais avec un projet aussi vaste, la Chine peut envisager les perspectives de décennies de nouveaux investissements et de créations d’emplois associées :

« Alors qu’en Occident, on ne parvient pas à s’entendre sur les dépenses des six prochains mois, la Chine tente de se connecter au monde. »

Les réactions

Les réactions face à l’initiative OBOR ont varié dans le monde entier. Les sinophiles en Asie du Sud-Est et leurs représentants politiques ont généralement été enthousiasmés par les possibilités commerciales. La Malaisie a très vite accepté le projet OBOR et en a  promu l’idée, dépêchant une délégation malaisienne de 162 membres à Beijing en juillet 2015 pour participer à un dialogue OBOR.

Le Pakistan et le Sri Lanka ont également très bien accueilli les capitaux et les projets d’infrastructures chinois, tout comme les différents pays d’Asie centrale. Le Vietnam, quant à lui, a exprimé de sérieux doutes quant à l’initiative. De son côté, l’Inde ne cache pas sa désapprobation de OBOR et a exprimé à plusieurs reprises ses préoccupations au sujet du pouvoir économique et stratégique croissant de la Chine. La Russie, qui a besoin d’aide financière pour développer ses ressources, semble voir l’initiative chinoise d’un très bon œil. De son côté, l’Indonésie a également répondu présente. Le quotidien indonésien Jakarta Post, explique que ce  « projet d’infrastructures correspond aux priorités désignées par le président Jokowi, et la Chine y met les moyens, souligne le journal : “Le gouvernement chinois est fidèle à ses engagements et a investi”, et l’Indonésie “a besoin de ces investissements”. »

Les réactions occidentales, elles, ont été mitigées. Si le milieu des affaires est généralement favorable, les stratèges sont moins optimistes. Donald Trump n’a pas fait le déplacement à Pékin et hormis l’Italien Paolo Gentiloni, aucun dirigeant du G7 n’a participé au sommet de Pékin.

Vents d’Ouest, vent d’Est

De nombreux pays européens (dont l’Allemagne, la Hongrie et l’Estonie), déstabilisés par l’absence de réactions de leur partenaire structurel et historique (les USA), craignent une perte d’influence en Asie centrale et refusent de s’associer à un communiqué préparé par la Chine, sur le commerce. Ne partageant pas le point de vue chinois sur l’échec de la gouvernance mondiale actuelle, ils craignent l’absence de transparence des marchés publics ou des normes environnementales et sociales.

L’Inde s’inquiète et boycotte

Le deuxième géant asiatique apprécie peu l’initiative chinoise et critique ouvertement le projet OBOR lui reprochant de créer un “fardeau de la dette insoutenable” et de mettre en péril sa “souveraineté”. En effet, l’Inde n’apprécie pas que le corridor Chine-Pakistan passe par le Cachemire.

En réponse à l’OBOR, l’Inde s’unit au Japon pour mettre en place ce qu’ils appellent un « corridor de la liberté ». Ils espèrent contrebalancer l’influence croissante de la Chine, en mettant en place des projets de construction d’infrastructure, en Asie du Sud-Est, au Sri Lanka, en Iran et en Afrique.

Le reste du monde

L’intégration de nouveaux acteurs politiques comme le Chili ou l’Argentine, a été saluée par de nombreux pays. “En ces temps où la tentation est grande de répondre à la crise de la mondialisation par l’isolement et par les murs, cette initiative offre une vision de connectivité, de coopération et de dialogue”, a déclaré Alexis Tsipras, chef du gouvernement grec.

OBOR en Afrique

Les liens entre la Chine et le continent Africain remontent au 14e siècle. La flotte chinoise fréquentait à ce moment là une zone de la côte orientale du continent et qui fait aujourd’hui partie du Kenya. Cela explique peut-être pourquoi la Chine a fait du Kenya le pôle de son initiative en Afrique. Les voies ferroviaires, que la Chine a financé, devraient relier le Kenya et ses ports (dont celui de Mombasa, l’un des plus importants de l’Afrique de l’Est) aux pays voisins privés de littoral (Burundi, Rwanda, Sud-Soudan, Ouganda). Ceci permettrait la création de nouvelles opportunités d’échanges commerciaux non seulement intra-africains mais aussi globaux.

Autre pays côtier à avoir signé un accord avec la Chine, la Tanzanie emprunte à la China Exim Bank (Banque d’import-export de Chine)  en juillet 2016 à hauteur de 7,6 milliards US$ pour construire une ligne ferroviaire pour relier la Tanzanie à ses voisins l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo.

La Chine a également veillé à développer des relations bilatérales avec d’autres pays africains et a conclu différentes conventions avec des pays comme l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, Maurice, le Maroc, le Nigeria, les Seychelles, la Tunisie et la Zambie. Elle a également mis en place des traités bilatéraux d’investissement.

L’intérêt pour l’Afrique

Les besoins africain en infrastructures et solutions innovantes d’une part la volonté chinoise d’y réponde d’autre part, a fait dire à l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale et professeur à l’université de Beijing, Justin Lin que le projet OBOR, allait bientôt s’appeler « one belt, one road, one continent ».

La Chine a promis de permettre à l’Afrique de mettre en place les bases d’un réseau complet de transports. Elle est également très engagée à permettre le développement des capacités africaines à produire de l’électricité.

La China EXIM Bank a signé en août 2016, avec ses homologues africains, un programme permettant la construction de parcs industriels et de zones économiques spéciales (transformation de produits de base, transformation de matières premières, industrie légère) d’une valeur de 1 milliard de US$.

Pour finir

Le président chinois Xi Jinping soutient la notion du « rêve chinois » impliquant le «grand renouveau de la nation chinoise», passerait pas la restauration d’une position dominante pour la Chine. 4 ans après le lancement de cette initiative, il n’est toujours pas possible de déterminer avec précision si le projet sera couronné de succès ou s’il est promis à un cuisant échec. Et si de nombreux pays s’inquiètent de l’évolution de l’OBOR et recommandent d’être plus vigilant, il est intéressant de remarquer que le grand gagnant n’est peut-être nul autre que… le continent Africain.

En effet, l’intérêt de la Chine pour l’Afrique attire l’attention d’autres puissances économiques mondiales (comme l’axe formé par l’Inde et le Japon). On est nombreux à s’intéresser aux promesses de développement qu’offre le continent. Le potentiel inexploité d’économies moins développées et avec une population jeune séduit… beaucoup.

 

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