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Chercher le bonheur, le comprendre…

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Chercher le bonheur, le comprendre, le trouver

À la question comment chercher le bonheur, le comprendre et où le trouver, nous avons décidé de nous inspirer du professeur de psychologie à Harvard, Dan Gilbert, auteur de Stumbling on happiness et de son fameux TED talk. Dans son intervention, comme dans son livre, Dan Gilbert nous explique les résultats et conclusions des recherches que lui et son équipe ont entreprises. Selon lui, les croyances que nous avons au sujet de notre bonheur, sont erronées et sont le fruit d’un mauvais cheminement mental.

chercher le bonheur

En 1642, Sir Thomas Browne, écrivain anglican anglais dont les œuvres couvrent une large palette de domaines incluant la médecine, la religion, la science, la sociologie et l’ésotérisme, écrivait «Je suis l’homme le plus heureux du monde. J’ai en moi ce qui peut transformer la pauvreté en richesse, l’adversité en prospérité. Je suis encore plus invulnérable qu’Achille; je suis à l’abri du destin. »

Le bonheur, une capacité d’adaptation

On pourrait voir dans les propos de Sir Thomas Browne, les prémisses de la réflexion de Dan Gilbert. Celui-ci commence par nous expliquer les mutations et les évolutions connues par le cerveau humain dont la masse a pratiquement triplé depuis le temps où régnait notre ancêtre homo Habilis qui est probablement un des premiers bipèdes confirmés à développer les premiers outils en pierres taillées. Et si notre cerveau a autant évolué, c’est parce qu’une nouvelle « zone » s’est annexée aux plus anciennes. Le lobe frontal, et plus précisément le cortex préfrontal a développé la capacité à simuler les expériences. En effet, c’est grâce à cette partie du cerveau que l’être humain a acquis cette fascinante aptitude à se projeter dans le temps, à imaginer ce qu’il pourrait faire dans la vie réelle. Cette capacité n’existait pas chez notre ancêtre Habilis et constitue donc une adaptation extraordinaire de l’Homme à son environnement de plus en plus contraignant et exigeant de plus en plus d’imagination pour garantir sa survie.

adaptation

Dan Gilbert effectue alors une expérience avec les lecteurs de son livre et les auditeurs de sa conférence. Il leur demande d’imaginer deux versions de leurs vies futures : dans la première version, les personnes auraient gagné le gros lot d’un jeu quelconque et se transforment en multimillionnaire. Dans la deuxième version, les personnes feraient un accident et deviendraient paraplégiques. Vous pouvez, vous-mêmes chère lectrices tenter l’expérience : fermez vos yeux et choisissez l’une de ces deux options.

Comme tout le monde, vous imaginerez que la question est biaisée et le choix fait d’avance : entre devenir millionnaire et paraplégique, y a pas photos. Vous imaginez sans doute, qu’en choisissant l’option millionnaire, vous augmentez considérablement vos chances d’être heureuses (en comparaison avec une personne qui aura subi un événement traumatisant). Et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes. Parce que si cette question était un test, vous aurez échoué avec la réponse que vous aurez donnée. Parce qu’en réalité, selon les études menées par Dan Gilbert et son équipe, les gens ont tendance à être identiquement heureux au bout d’une année : pour ses impératifs de survie, une personne ne peut pas flotter éternellement sur un nuage, ni se sentir éternellement prisonnière d’un gouffre de malchance. Le bonheur et le malheur ont tous deux tendance à progresser vers un palier où on se sent « normal ». Les enquêtes effectuées par les équipes de recherches, les psychologues et même les économistes montrent que l’impact réel des expériences et moins grave que ce qu’on imagine : gagner ou perdre une élection, conquérir ou non un amoureux, réussir ou échouer un examen… l’impact réel de ces expériences lorsqu’elles sont vécues est moins intense et plus éphémère qu’on ne s’y attend. Dan Gilbert va même jusqu’à citer les résultats étonnant d’une étude selon laquelle même les traumatismes les plus sérieux – à quelques exceptions qui sont là pour confirmer la règle- cessent d’influencer notre bonheur (ou en l’occurrence son absence) après trois mois. Trois mois !!!

 

La joie ne fait pas le bonheur

joie vs bonheur

Et c’est à partir d’ici que la réflexion de dan Gilbert et Sir Thomas Browne se rejoignent. Il faudrait peut-être alors distinguer les différentes émotions que nous éprouvons. Dans un monde où l’on vente la perfection de sa propre image sur les réseaux sociaux, l’amour idéal ou le romantisme dans les films, l’héroïsme improbable dans les séries télés, etc., il est assez facile de perdre le nord et il faut savoir de temps à autre donner le La. Nous confondons, sans nous en rendre compte, les sentiments et les passions : nous croyons que la joie est notre bonheur, alors que la joie est éphémère par sa nature même. On croit éprouver du bonheur dans les occasions festives : réussite à un examen, mariage, naissance… en réalité ce que l’on éprouve à ces moment-là, c’est de la joie et non du bonheur. De même, lorsqu’on échoue, lorsqu’on perd une personne aimée, lorsqu’on est dans la séparation, on éprouve de la tristesse et non du malheur. Comme il est impossible de créer à l’infini des expériences où l’on éprouve la joie, alors nous croyons que notre bonheur est limité. Ce qui est faux. La joie, comme la tristesse, sont des passions : des émotions souvent fortes, toujours vives, indéniablement passagères et incontestablement éphémères. Lorsqu’on google « bonheur » on tombe sur la définition qui suit :

« Le bonheur est un état durable de plénitude, de satisfaction ou de sérénité, état agréable et équilibré de l’esprit et du corps, d’où la souffrance, le stress, l’inquiétude et le trouble sont absents. Le bonheur n’est pas seulement un état passager de plaisir, de joie, il représente un état plus durable, un équilibre. » Wikipédia

Vous comprendrez donc les amalgames que nous faisons de plus en plus souvent dans nos vies. Et c’est là que nous revenons aux propos de Dan Gilbert. Selon lui, toutes les personnes possèdent la capacité de fabriquer leur « bonheur ». Il explique que nous sommes tous dotés d’une sorte de système immunitaire psychologique : un processus cognitif qui permet d’altérer la vision du monde. Ce processus, essentiellement inconscient, nous réconforte face aux situations difficiles que nous vivons. Et pourtant, nous ne nous servons pas de ce processus comme nous le devrions ou peut-être comme nous le pourrions.

C’est nous qui fabriquons notre bonheur. C’est grâce à ce système immunitaire psychologique, possible grâce à l’évolution de notre cerveau, que nous pouvons projeter des images de notre bonheur. Nous pouvons les visualiser. Cette capacité se trouve en nous. Et pourtant, nous agissons tous, comme si le bonheur était quelque chose que l’on doit chercher et sur laquelle on doit tomber, comme par enchantement. Comme si le bonheur se trouvait en dehors de nous.

Ces personnes nous inspireraient, si on les connaissait

Pour étayer nos propos, nous allons nous servir des exemples cités par Dan Gilbert pour expliquer la capacité que l’on trouve en soi pour fabriquer son propre bonheur. Jim Wright était président de la Chambre des représentants. Il a démissionné à la suite d’un scandale au sujet d’une transaction douteuse, révélée par un jeune républicain Newt Gingrich. Sa carrière s’était arrêtée. Quelques années plus tard, lorsqu’on lui demandera comment se porte-t-il depuis, il répondra : « Je me sens tellement mieux physiquement, financièrement, mentalement, émotivement et en presque tout autre aspect. »

Dan Gilbert donne également l’exemple de Moreese Bickham. Vous avez peut-être entendu parlé de lui, mais avez sans doute alors oublié son nom. Il a été libéré à 78 ans, suite à un test ADN qui l’a totalement innocenté, après avoir passé 37 ans en prison pour un crime qu’il n’avait pas commis. Lorsque les médias lui demandèrent ce qu’il a pensé de son expérience, il a répondu : « Je n’ai aucun regret. C’était une expérience glorieuse. ». Dan Glibert cite également le premier batteur des Beatles Pete Best, qui sera remplacé par Ringo Star, qui affirme, dans une entrevue en 1994, être beaucoup plus heureux que s’il avait été avec les Beatles. Nous n’allons pas énumérer ici tous les noms proposés par Dan Gilbert. Mais nous allons nous intéresser à sa conclusion. « Ces gens ont quelque chose d’important à nous apprendre. Ils nous révèlent le secret du bonheur. » .

Les sceptiques peuvent s’interroger. Douter. Le bonheur fabriqué est moins « bon », moins « vrai » que le bonheur « naturel ». On ne peut pas se forcer à devenir heureux. Lorsqu’on obtient ce qu’on veut, on est en droit de parler de bonheur « naturel » ou si vous préférez, de bonheur normal. Or cette croyance est totalement erronée. Dans nos sociétés de consommation, nous sommes encouragées à nous procurer des produits dont nous n’avons pas vraiment besoin et nous avons fini par croire que pour être heureuses, il nous fallait telle paire de chaussure, telle veste, tel smartphone. L’énumération est un peu cliché, mais vous comprenez l’idée n’est-ce pas ?

On pourrait penser que le bonheur imaginé n’est pas de la même qualité que le bonheur obtenu, que son importance est moindre. Et là encore on se tromperait. Croire que ce n’est qu’en obtenant ce que l’on veut, que l’on peut être heureux est simplement un argument marketing. Il s’avère que la liberté -l’aptitude à se faire une opinion et de changer d’avis— est l’alliée naturelle du bonheur, puisqu’elle nous permet de choisir l’avenir qui nous convient le mieux. Mais la liberté de choisir est l’ennemi du bonheur imaginé, parce qu’elle installe l’incertitude. Imaginez que vous possédez deux objets de la même nature et que vous affectionnez particulièrement (deux livres, deux bibelots, deux robes, etc.). Si vous êtes amené à trancher immédiatement et que vous ne pouviez qu’en garder un seul, vous finissez, après quelques jours, par préférer celui des deux objets que vous avez conservé. Vous finirez par penser que vous avez fait le bon choix, parce que votre système immunitaire psychologique vous réconfortera dans le choix que vous avez fait. En revanche, si vous avez cédé l’objet A, et que vous aviez toujours la possibilité de changer d’avis dans quelques jours, vous resterez indécise. Vous serez tiraillée et vous sentirez moins bien. Ce qui permet de penser que la liberté du choix est très positive dans la réalisation du bonheur imaginé et peut s’avérer contraignante dans la réalisation du bonheur obtenu. Par extension, ce raisonnement s’applique à notre sentiment par rapport à notre avenir.

Avoir des préférences pour une voie future plutôt qu’une autre est tout à fait sain et naturel. Mais si ces préférences nous tiraillent trop et que nous surestimons la différence du résultat de nos choix, alors nous nous mettons en danger. Lorsque nous maîtrisons notre ambition, elle nous mène à l’obtention de ce que nous voulons et donc, contribue à la réalisation de notre bonheur. Mais lorsque notre ambition est immodérée, elle nous pousse à mentir ou à tricher : tout est bon pour obtenir ce qu’on veut. Or la fin ne justifie pas toujours les moyens. Lorsque nos contraintes sont contenues, maitrisées, nous sommes prudents et attentionnés. Lorsque nos peurs dont déchainées et amplifiées, nous sommes irréfléchis et lâches. Ce qu’il convient de retenir, c’est que nos désirs et nos peurs sont souvent démesurés puisque c’est nous qui possédons la capacité de fabriquer le bonheur que nous recherchons.

 

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